Mentalité #1: J’arrête de fumer

Un jour où je déprimais, où plus rien ne me convenait, j’ai décidé de me mettre à fumer.
J’ai donc choisi consciemment de me payer un suicide suffisamment lent pour que je ne le vois pas venir…

C’est étonnant comme il est facile de se convaincre que faire du mal; à nous même ou aux autres; est une solution acceptable face à un problème.

Ce jour là, quand j’ai fumé cette première cigarette, je me suis dit avec conviction:
« Je prouverais à tous les autres qu’il est possible d’arrêter par la seule volonté. Puisque rien ne vaut l’exemple, et que je n’arrive pas à convaincre celle que j’aime d’arrêter, je vais le prouver en me mettant moi même au défi ».
C’était évidemment stupide. Cette dernière aujourd’hui m’ignore, et hier j’étais encore fumeur. Mais ce titre n’est pas qu’une forme. J’écris cet article parce que je veux cristalliser cette décision.
Je ne m’en veux pas vraiment d’avoir fais ce choix, j’étais clairement dans un sale état émotionnel à cette époque… mais quel fumeur ne l’est pas.

Cette promesse que je m’étais faite, est restée gravée dans ma mémoire. Si bien que je me répugne à chaque bouffée.
J’ai pu remarquer qu’il y avait un cercle on ne peut plus vicieux qui me maintenait dans mon addiction sans que je m’en rende vraiment compte. Je vais décrire ce triste dédale de pensée ici. Et si cela peut aider ne serait-ce qu’une personne à prendre conscience de ce qui lui arrive quand il fume, je serais ravi.

Pour commencer, je savais que je me faisais souffrir (c’est d’ailleurs une partie intégrante du processus) cependant je ne l’admettais jamais quand j’en allumais une.
C’est uniquement lorsque la dernière cigarette déclenchait de la toux, une irritation, ou des douleurs aux poumons, que j’en prenais réellement conscience.

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1 – Le vide: Avant d’en rouler une, je ressent un vide, un manque indicible… rien d’incontrôlable, mais il me manque « quelque chose » là maintenant, pour que je sois vraiment bien, vraiment… « complet« . Je dit « quelque chose », parce que penser à cet instant que ce qui manque est la cigarette rend immédiatement ce « besoin » absurde… et c’est ce qu’il est.

2 – Le refus: Je refuse de réfléchir. Tout ce que je sais là maintenant, c’est que fumer v rendre cet instant plus « complet » et me faire plaisir. On aime tellement tous le plaisir n’est-ce pas? Qui serait assez bête pour refuser le plaisir? Surement pas moi et ma sensation de vide.

3 – La fabrication: Je roule. Une étape importante, car elle m’occupe quelques secondes, et pour peu que je m’applique (ce que je fais toujours quand je daigne faire quelque-chose), il s’agit presque d’une création « artistique ». Après tout, cette cigarette est unique, éphémère, et c’est un symbole digne d’une Vanité de Philippe-de-Champaigne.

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4 – L’embrasement: « vous n’auriez pas du feu? » cette étape est aisée, presque sublime.
Quand je perd mon briquet ou qu’il refuse de s’allumer… deux choses qui arrivent en permanence, je n’ai qu’à chercher un substitut dans la maison ou encore demander à un passant si il peut me prêter le sien. Chose facile parce qu’il y a toujours quelqu’un de malheureux dans le coin.
Avoir le feu au bout de mon pouce est tout de même une sensation agréable. Quel fumeur ne s’est  jamais surpris à jouer avec son briquet, ou à admirer béatement cette petite flamme qu’il peut faire mourir quand il le souhaite… c’est si commode de jouer avec la flamme comme on joue avec sa vie.
Quelle différence entre choisir d’éteindre une flamme pour économiser le gaz, et choisir d’allumer une cigarette pour tuer le temps.

5 – L’inhalation: ça y’est… je tire la première latte. Cette sensation de piquant dans la gorge due à la fumée brûlante est assez unique… presque douloureuse à vrai dire. Je crois que c’est ça « savoir fumer ». Inspirer la fumée de manière à ressentir une infime douleur.  Peut-être afin de se sentir plus vivant… paradoxalement.

La clope se ponce sans aucune forme de réflexion… la très légère euphorie qu’elle procure résulte du manque séparant celle-ci de la précédente et amorce un état de léthargie mentale volontaire. Réfléchir maintenant signifierait me heurter à ma propre bêtise et faire face à ma faiblesse, deux paramètres que j’ai toujours choisi d’ignorer. A force de fumer, j’en viens à associer la cigarette à une « pause » mentale. C’est sans doute ce qui la rend si désirable à mes yeux…
Il faut dire que mon mental me laissait rarement du répit à cette époque. Je ne savais pas le contrôler, je ne savais même pas que c’était possible.
Un jour j’ai compris que je n’avais pas besoin de me tuer à petit feu pour obtenir une trêve, j’ai compris que la méditation était la solution à bien des maux.

6 – Le dégout: toutes les clopes se finissent avec cette infâme sensation. Un bref moment de lucidité, rapidement évacué comme je l’écrivais plus haut.
Ce n’est pas seulement le goût ou l’odeur collante et âcre de la fumée froide qui est abject, c’est ce qui s’ensuit. Le mégot entraîne la fin de la « pause mentale », de l’inconscience volontaire, et provoque un profond dégoût… de moi-même.
« Voilà, terminé. Qu’ai-je gagné? Rien. Qu’ai-je perdu? De l’argent, l’intégrité des muqueuses de ma gorge, de mes poumons et surtout…du TEMPS. »
Comme le peintre Philippe-de-Champaigne l’illustrait à travers un crâne et un sablier, le temps est le véritable messager de la MORT. Et le fumeur, caché derrière l’inconscience de l’instant, appelle sa mort en réduisant son temps. Car en vérité, il ne tient pas vraiment à la vie.

7 – L’Oubli:  Je me dis qu’il est inutile de continuer à m’accabler, que je suis faible oui, mais que je ne suis pas seul. J’arrêterais avant que cela me tue. Mais pour l’instant c’est trop difficile. Je me dis que je vais attendre, attendre d’être plus fort
Puis je passe à autre chose, avant de recommencer.

 

Voilà donc ce cercleimages.jpg vicieux de la pensée, aussi éphémère que le plaisir instantané, aussi fatal que la mort. Mais ne t’y trompe pas cher lecteur, le mécanisme de pensée présenté ici n’est pas propre à l’individu que je suis, ni même au fumeur à vrai dire. Le dénis de réalité, le choix de l’irresponsabilité, de l’inconscience… sont des pièges que nous devons tous apprendre à éviter définitivement pour évoluer et atteindre l’ataraxie.

 

Garde l’esprit clair et renseigné cher lecteur, et respecte la vie, à commencer par la tienne.

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